
ASSOCIATIONS UNIES | CHIFFRES ET DOCUMENTS | GOUVERNEMENT | PRESSE - vendredi 11 décembre 2009
Les Enfants de Don Quichotte, fondés par Augustin Legrand, sont à l’origine d’une mini révolution dans la manière de porter une parole politique pour réclamer des changements : le coup d’éclat médiatique. Comme dans l’ouvrage de Cervantès, les associations traditionnelles, telles Sancho Pança sur son âne, fortes de leur longue expérience, sont quand même obligées de suivre leur maître en agitation. Mais les moulins moulinent-ils vraiment ? Les coups médiatiques produisent-ils les changements espérés, dans l’évolution de la politique du logement et dans l’opinion ?
Pourquoi avez-vous créé l’association des Enfants de Don Quichotte ?
On a créé l’association en octobre 2006 pour pouvoir s’installer en campement sur Paris. On avait bien conscience que les associations traditionnelles, qui sont en majorité subventionnées et gestionnaires, n’avaient pas les capacités à se mobiliser et à s’opposer aux pouvoirs publics. Alors on a occupé les berges du canal Saint-Martin afin de redonner la possibilité au citoyen lambda de se mobiliser pour réclamer un changement politique, tout en voulant permettre aux associations traditionnelles de témoigner.
Qu’est-ce que l’occupation des berges du canal Saint-Martin vous a permis d’obtenir?
C’était le 16 décembre 2006. Les associations traditionnelles avaient du mal à se mettre à nos côtés au début de l’opération. Alors on a créé, pour se rassembler sur des principes partagés, la charte du canal Saint-Martin le 24, qui réclamait le droit au logement opposable et un changement dans le système d’hébergement d’urgence. C’est dans ces conditions et avec en sous main des rapports réguliers avec ces associations pour savoir jusqu’où on pouvait aller et quand il fallait s’arrêter…qu’on a pu négocier avec Borloo. Une sortie de crise était actée le 8 janvier avec à la clé le droit au logement opposable et des promesses de changement sur l’hébergement.
Comment expliquez-vous, alors que les associations demandaient la même chose depuis des années, la rapidité avec laquelle vous avez obtenu ces engagements ?
En presque trois semaines d’action sur le canal, on a obtenu un milliard d’euros pour le secteur de l’hébergement et du logement. Cela prouve que le lobbying classique ne suffit pas. Les Don Quichotte sont arrivés après cette phase d’actions institutionnelles, de lobbying mené par les associations traditionnelles du secteur. Stratégie qui hélas n’avait pas abouti !
Il faut aujourd’hui selon moi plus de pragmatisme et de volontarisme pour préparer l’avenir et cesser de ne faire uniquement qu’éteindre le feu. Les associations ne doivent plus être des pompiers de la misère sociale.
Le fonctionnement associatif en France a trop été pensé comme une substitution à des pouvoirs publics défaillants. Et en même temps, les associations sont le plus souvent gestionnaires puisque les pouvoirs publics les subventionnent pour agir. Du fait de ce lien, elles disposent de peu de marge de manœuvre pour se mobiliser sur le fond. Ca, c’est terrible ! Elles s’éloignent du coup de la culture du militantisme, au sens noble du terme j’entends.
Pourtant vous avez agi avec elles ! Pourquoi ?
Dès le début, on s’était clairement positionnés comme des partenaires de ces associations avec l’élaboration de la charte du canal Saint-Martin. Plutôt que de rajouter une association dans le paysage, on se considérait comme un groupement de citoyens avec un but précis : donner la possibilité à d’autres citoyens de se mobiliser à certains moments pour obtenir des changements.
Par ailleurs, nous voulions porter collectivement l’expertise des associations traditionnelles qui, elles, ont les solutions. Et nous ne serions pas légitimes sans elles ! Mais en reliant les questions de l’hébergement et de logement pour éviter des saupoudrages sur l’urgence qui ne servent strictement à rien si on n’arrive pas à couper les robinets de l’exclusion en amont, comme le manque de prévention, de logement social accessible, etc.
Au comité de suivi de la mise en œuvre du droit au logement opposable après l’occupation du canal, nous avons travaillé tous ensemble. Et très naturellement, dès qu’on s’est aperçus que les promesses n’étaient pas tenues, on a décidé de réengager un rapport de force à Notre Dame. Avant cela, les Don Quichotte avaient refait un tour des associations pour savoir qui s’engageait sur l’action et ce qu’on allait réclamer ensemble. Dix jours avant qu’on installe un campement à Notre Dame, François Fillon, qu’on avait mis au courant, nous a reçus - les Enfants de Don Quichotte, le Secours Catholique, la Fondation Abbé Pierre et la FNARS - et affirmait que les caisses étaient vides.
Or, après l’opération et expulsion des lieux, on obtient trois cent millions d’euros et une autre réunion avec le premier ministre. Puis on passe de quatre à vingt-huit associations : le collectif des associations unies est né, un peu comme le fonctionnement d’une intersyndicale, sur un pragmatisme au niveau de la méthode et un consensus sur le diagnostic et les demandes politiques.
Quelle est l’efficacité de l’action médiatique selon vous ?
On dépend aujourd’hui beaucoup des médias et des relais d’opinion. Prenons l’exemple de l’insécurité : pendant la campagne présidentielle, elle venait en deuxième position des préoccupations majeures des Français, après le pouvoir d’achat. Depuis qu’on s’est mobilisés, aujourd’hui, c’est le logement qui occupe la deuxième place !
C’est quand même fou que plein de rapports successifs qui disent la même chose et qui sont dans les mains des pouvoirs publics depuis plusieurs années ne débouchent sur rien… Comme quoi seule la pression médiatique peut imposer au politique de les prendre en compte !
Elle nous a permis d’obtenir des pouvoirs publics trois cent millions d’euros, bien qu’on ait chiffré les efforts à fournir à trois milliards. Donc on n’a pas eu la totalité de qu’on voulait… Fillon disait ne vouloir s’engager pleinement que s’il savait quoi faire exactement. Mais il nous a endormis en nous faisant travailler sur des propositions qu’il n’envisageait pas de prendre en compte…Alors le collectif a lancé la nuit solidaire pour le logement en février 2008. En guise de réponse, Mme Boutin a proposé ses maisons à quinze euros…
C’est aussi les limites d’une action médiatique…les campements font émerger un problème pour qu’il soit visible par les citoyens, c’est tout. C’est après collectivement et sur la durée qu’il faut profiter de la dynamique lancée. Mais pour cela, je suis persuadé qu’il faut être rejoint par plus de citoyens. Si on était plusieurs milliers à être sur les campements, c’est évident qu’on aurait plus d’impact !
Vous pensez avoir échoué à impliquer les citoyens ?
On n’est pas arrivé à mobiliser assez. C’est un vrai souci. Plein de gens m’ont dit : ton appel à rejoindre les berges du canal Saint-Martin avec une tente, on ne l’a pas entendu. Les médias ont repris l’événement comme une opération de sensibilisation, et non de mobilisation. Alors que je voulais impliquer physiquement les citoyens sur le canal pour que l’on soit deux ou trois mille. Résultat, les sans abris étaient présents en majorité, réduisant considérablement la cible que nous avions visée : le grand public.
Si on a réussi à offrir une tribune aux sans abris - ce que nous voulions - nous avons échoué à concerner les gens plus largement. Du coup les médias ont joué sur la fibre misérabiliste, à notre regret.
La prochaine nuit solidaire pour le logement, prévue le 27 novembre prochain, a pour objectif de concerner un maximum de citoyens, en tirant les leçons des erreurs de communication passées.
Propos recueillis par Nicolas Derobert

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